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(photo Hélène Rioux)
Capitaine Fantastique
Hé Richer, on la marche ta terre?
Ma terre! Ah! Oui misère.
Je suis sous l’ombre d’un géant,
Mais il a le cœur d’un enfant.
Tantôt il m’amène à la cédrière,
Me présente un grand-père,
M’en parle. Je l’écoute.
Il sait que je l’écoute.
Dans une baissière, des frênes noirs
Nous regardent un peu au désespoir.
Il leur parle comme à des amis,
Je suis honoré d’en être aussi!
Il me raconte son chemin,
Comment il s’y prendra demain
Pour ne pas briser telle racine
Au volant de sa limousine.
Il sait ne pas craquer la beauté!
Son travail en forêt en est imprégné.
Ses gestes sont pleins de noblesse,
Même s’il tombe parfois sur les fesses.
Bouleaux blancs si fragiles
Qui se balancent graciles,
Mèrisiers aux allures d’aînés
Surveillent les nouveaux nés.
Des faisceaux de lumière,
De leurs doigts d’argent, éclairent
Les sous-bois. Une peau de jaguar,
En mouvance sous le vent, prend corps!
Il flâne en son patelin,
Cent acres de bonheur plein,
Qui donne un peu de lousse
À ce capitaine La rescousse!
40 ans et toujours le temps décante,
Des arbres il en plante,
Amortissant l’inconscience de l’homme.
Mon ami travaille fort entre ses sommes.
La faune y trouve refuge,
L’arche de Richer après le déluge!
Souvenirs et parfum de liberté
Infusés aux pleurs de l’été!
Son efficacité n’est pas la quantité
De bois qu’il peut bûcher,
Mais comment le sortir sans froisser
La délicate peau sous ses pieds.
Depuis des milliers d’années
Les faîtes se laissent décoiffer.
À l’automne, il recueille leurs feuilles,
Au printemps, les raccrochent, fini le deuil!
Homme religieux dans son église,
La magie du lieu le grise,
On approche de la sacristie.
Au loin, les gardiens d’un paradis!
Sous la voûte tentaculaire,
De gros chênes blancs donnent concert,
Des carillons éoliens font la noce,
La gente sylvestre ignore le divorce!
Y’é ben fier de ses chênes :
Des migrants sans chaînes
Arrivés ici dans un gland,
Pour aujourd’hui être des titans!
Les érables portent quelques cicatrices,
Jadis il buvait à leur calice.
Depuis ce temps-là, y’é de bonne humeur,
Y marche drette, mais pas sans tuteur!
Il a aussi réalisé les jardins,
Empathique, il apaise la faim.
A recyclé avant l’existence du mot
Et manifesté comme un dévot!
Court-circuité des coupes forestières.
Dictateur à sa manière!
J’étais stagiaire sous son giron,
Genre des Groseilliers et Radisson!
Hier se dépose devant l’accompli.
Aujourd’hui s’ouvre sur l’infini.
Pour demain, rien n’est certain,
Mais il a une foi de tibétain!
Les exploits de Jos Montferrand
Ou Louis Cyr sont secoués
Devant cet humble géant.
Les montagnes y’é tasse avec ses idées!
C’est notre capitaine Fantastique!
François Pronovost
Août 2019